Le Verdict

J’adore ce film (culte) de Sydney Lumet. S’il devait y avoir une seule histoire pour prouver qu’il n’est point besoin de violence physique ou d’hémoglobine pour générer des émotions intenses, ce serait celle-là.

Le point de départ n'a rien d'extraordinaire

Franck Galvin,  avocat alcoolique complètement à la dérive qui n’a pas plaidé depuis des années, se voit proposer la défense d’une jeune femme transformée en légume suite à une grossière erreur médicale, et de sa famille qui exige réparation.

S’il gagne, l’affaire pourrait lui rapporter gros et lui permettre de ré-exercer son métier, avec un peu plus de gloire.

Face à lui, un hôpital tenu par le clergé où officient des médecins de grande renommée, défendus par un gros cabinet d’avocats, une vraie machine de guerre qui ne lésine pas sur les moyens. Alors que lui n’en aucun....

On pourrait se dire : c’est archi déjà vu, le coup du looser qui doit se surpasser et se racheter pour trouver la rédemption …

Mais le truc, c’est ce que Sydney Lumet réussit à en faire

Franchement, je crois que je ne me suis jamais autant impliquée émotionnellement dans un film que celui-là, et ici, je ne parle pas d’adorer l’histoire, les acteurs ou la mise en scène. Je parle de Marcher à Fond. Car le combat entre les deux parties est incroyablement riche en suspens, en émotion et en adrénaline, il  fait traverser au spectateur autant de hauts de bas qu’au héros du film. La puissance de ce film n’étant pas dans les personnages mais bien dans la conduite du scénario.

Dès le début, Franck Galvin a été défini par sa faiblesse

L’alcool, le désordre de son bureau… Il a été descendu de son piédestal d’homme de loi, « ordinarisé », « médiocrisé » par ces parties de flipper où il est si content lorsqu’il gagne, par l’argent dont il a besoin… Toute la première partie du film l’a montré comme un looser dont la vie est à l’arrêt.

Cette affaire est pour lui la dernière chance de se remettre en selle

S’il loupe, il est fini.  Il part confiant et déterminé, malgré les difficultés qui commencent à poindre en même temps que le fossé se creuse avec la partie adverse. Nous le découvrons alors plein de bonne volonté, mais manquant de clairvoyance et donc prompt à retourner les situations contre lui tout en faisant de son mieux.

Galvin veut sauver ses clients comme pour se sauver lui-même.

Et il a la morale de son côté, c'est important. Mais le fait-il correctement ? Prend-il les bonnes décisions ? Il veut être juste, mais est-il assez lucide ?

Arrive, vers le milieu du film, une scène de bascule très forte, un véritable retournement de situation où  son arrogance inconsciente de riche, son égoïsme à lui qui voulait tellement être juste, camouflé sous l’intégrité et la générosité, va se révéler, lors d’une engueulade mémorable avec son client. 

Cette scène-là est incroyable. Il faut voir ce film !

A partir de là, il devient clair que Franck Galvin doit gagner

Et ça, ce n’est pas un défi en carton-pâte, mais une nécessité qu’on ressent presque violemment :

Il doit gagner parce que les gens qu'il défend sont si faibles que perdre reviendrait à leur donner le coup de grâce. Mais aussi pour réparer ses erreurs passées… Il faut qu’il gagne. Pour lui. Pour eux. Il le leur DOIT !

Difficultés et trahisons s’accumulent

Nous sommes dans la parfaite tradition du film et du roman noir où le personnage, dans le 3e quart du récit, est presque mis à terre. Galvin s’accroche, s’acharne, et perd confiance aussi… Quand le jour du procès arrive, il est tellement fragilisé qu’on a le trac avec lui.

Bon, tout cela est très bien, mais quand même ! Pourquoi est-on à ce point du côté du héros ? Pourquoi cette histoire nous fait-elle traverser de telles montagnes russes émotionnelles ?

Ici, je réalise une chose.

Celui qui est véritablement jugé dans cette histoire, c’est Galvin lui-même !

Et au fond, à travers le cheminement incertain de l’avocat, c’est notre lot à tous qui se résume ici.

Comme Galvin, nous faisons de notre mieux dans la vie. Avec nos moyens et nos faiblesses du moment. Et comme lui, nous sommes soumis à la part d’incertitude que comporte chacune de nos décisions, chacun de nos actes : comment savoir à l’avance s’ils sont les bons ?

Nous essayons toujours. Parfois maladroitement… un coup dans le mille et l’autre complètement à côté de la plaque…  Allons-nous réussir ou nous casser la gueule ? 

Comme Galvin nous attendons le verdict

C’est toujours la vie qui le rend, nous faisant savoir, parfois assez tard, ou même cruellement, si nous avons eu tord ou raison. Si nous avons vu juste, ou pas.

 

Lou Bloom, le méchant sociopathe de nuit

Ça faisait un moment que je pensais à vous parler de l’incroyable et très livide Monsieur Lou Bloom. Je me suis donc replongée avec un délice mêlé d’effroi dans Night Call, le film choc de Dan Gillroy qui dénonce très efficacement une dérive existant réellement aux Etats-Unis.

Quand il s’aperçoit un jour (enfin, une nuit) qu’il peut se brancher sur les fréquences radio de la police pour localiser des scènes d’accidents et de crime, en faire des photos et les vendre à une chaîne TV, Bloom sait immédiatement que ce job est fait pour lui.

En VO, le titre du film est Nightcrawler, soit ver de terre

Tout un programme n’est-ce pas ? Mais personnellement, j’aime bien aussi Night Call, car l’idée d’appel de la nuit peut être utilisée au 1er degré pour rappeler les communications radio sur lesquelles notre papillon de nuit va se brancher, mais aussi de manière plus figurée pour évoquer son attirance pour son étrange boulot et les situations limite qu'il va y rencontrer. 

Dans la vie, un mec pareil serait révoltant, mais c’est bien sûr en sa qualité de personnage de fiction que je le trouve enthousiasmant. Ses nombreuses facettes me poussent à réfléchir sur les personnages de méchants.

Charognard

Cet aspect de son caractère est magnifiquement exprimé par le jeu glacé et le regard halluciné de Jake Gyllenhaal (ici au top de son talent), mais aussi par l’atmosphère malsaine du film, les images nocturnes de L.A., sombres et saturées, quelques scènes d’hémoglobine et une large dose d’humour noir.

Toutefois, Bloom ne se contente pas d’avoir un teint de vampire et une absence totale d’empathie. Il devient un effet spécial à lui tout seul quand il se met à parler.

Communiquant hors norme

Ses discours sans fin, ses argumentaires marketing tellement hyper cohérents qu’ils en deviennent délirants, sa logique qui décoiffe, sa façon systématique d’aller trop loin lui donnent une touche d’étrangeté. Par moments il semble venir d’un autre monde. On a l’impression qu’il copie les conventions, qu’il mime les sentiments sans les comprendre vraiment, et cela ajoute encore à sa dimension fantomatique, qui s’accorde parfaitement au sujet du film.

C’est donc dans ses échanges sociaux qu’il révèle l’ampleur de son « décalage psychologique ». J’emploie ces mots parce que je ne sais pas très bien comment nommer le phénomène…

Sociopathe ?

Probablement, dans la mesure où il n’a que des comportements de prédation et ne manifeste ni sentiments, ni remord, ni culpabilité, et que sa personnalité elle-même le met en marge de la vie sociale. Pourtant, il est bien plus qu’une petite frappe agressive incapable de se conformer aux normes.

Il a la ferme intention de progresser dans la vie

Oui, il a des projets, de l'ambition, et il est prêt à tout ! Pour faire des images plus choquantes, pour essayer de posséder la femme qu’il convoite, pour agrandir sa société, avoir plus d’argent…  Il pousse le bouchon toujours plus loin, chaque situation étant menée à sa limite supérieure, ce qui rend le débat diablement intéressant. Jusqu’au moment où va franchir la ligne jaune, forcément…

Mais Lou Bloom est-il vraiment méchant ?

Je ne crois pas, je l’ai placé dans cette catégorie parce que c’était une bonne occasion pour parler de lui, et puis c’est quand même ce qui se rapproche le plus de son cas. Ou s’il l’est, c’est au deuxième degré dans la mesure où sa vocation ne consiste pas à faire du mal aux autres, mais à les utiliser pour obtenir ce qu’il désire le plus au monde : un job, du fric, une femme. L’autre n’étant pour lui qu’un rouage de la Big Picture qu’il a en tête.

Je suis convaincue qu’au fond, il sait qu’il est différent.  Ce job de « journaliste » TV, tout trash qu’il soit, est le seul moyen qu’il ait trouvé pour avoir un statut social avec tout ce que ça implique de respectabilité et de normalité. Son plus grand rêve est d’être comme tout le monde, sauf qu’il n’y parviendra jamais.

La Lou Bloom Touch

A la fois charognard et business man, fantômatique et créatif, ingénieux et amoureux, Lou Bloom est donc un méchant pas si méchant que ça et néanmoins des plus impressionnants. 

Comme tout vilain garçon qui se respecte, il a une fonction spécifique dans l’histoire, mais cette fonction est loin de le définir entièrement. Il ne s’y résume pas. Ce qu’il fait n’est certes pas bien du tout, mais si ce n’était pas le cas, s’il avait été un philosophe, un employé de bureau ou un amoureux, il aurait été tout aussi intéressant car sa personnalité, empreinte de démesure, est de toute façon riche et complexe.

Bref, si vous aimez rencontrer au cinéma des gens que vous de croiseriez pas dans la réalité, Night Call est incontournable. En le revoyant, je me suis dit qu’un méchant ne devrait jamais être conçu comme une utilité, mais plutôt comme une œuvre d’art.

 

Ma Loute

Je vous ai déjà dit mon amour pour les histoires foldingues et autres faux polars. Je me suis donc précipitée devant un grand écran pour aller voir Ma Loute. J’en suis repartie à la fois ravie et (un peu) déçue.

Dans la presse, les critiques étaient bonnes alors qu’autour de moi, plusieurs personnes ont détesté, sans vraiment me dire pourquoi d’ailleurs… Il faut dire que le film de Bruno Dumont est porté par un vent de liberté assez capricieux. Il y a beaucoup de bon dans cette enquête barrée, et aussi quelques scènes superflues, mais finalement pas assez de folie.

Je m’explique

Quand on écrit une histoire qui sort des sentiers battus, la question de savoir jusqu’où aller est importante. Si on pousse le délire trop loin, on risque de ne pas être compris. Mais finalement, je me demande si ce n’est pas exactement pareil en n’allant pas assez loin.

Dans ce film, l’enquête n’est qu’un contexte : des touristes disparaissent mystérieusement, les uns après les autres, dans un coin magnifique de la baie de somme essentiellement habité par deux familles, l’une de riches bourgeois, l’autre de pauvres pêcheurs de moules, dont les enfants tombent amoureux l’un de l’autre malgré leur différence sociale.

Deux flics aux allures de Laurel et Hardy et aux accents Chtimi à couper au couteau tentent de mener l’enquête sur ces disparitions inexpliquées.

Les coupables, le spectateur les découvrira bien avant eux, dans une scène pleine d’un humour très grinçant. Ce qui permet à Bruno Dumont de faire à peu près tout ce qui lui plaît du reste du film.

Jusque ici tout va bien…

Mais voilà

Voilà qu’au lieu d’exploiter à fond les possibilités de surréalisme et de décalage de son histoire, il a choisi de se raccrocher à une satire sociale déjà vue, avec des personnages d’Aude et de Christian archi-creux et conventionnels.

Les différences sociales des deux familles étaient de toute façon posées, par les localisations géographiques, accents, costumes, langages des uns et des autres, le reste ne faisait qu’alourdir le propos.

En revanche, le mobile des meurtres, les habitudes diététiques surprenantes de certains, les personnages portés par les vents, la délicieuse histoire d’amour de cette fille qui se déguise en garçon et de ce garçon qu’on appelle Ma Loute, tout cela offrait des possibilités d’extase cinématographique qui n'ont peut-être pas été suffisamment exploitées.

Comme si le plaisir d’aller au cinéma ne pouvait être suffisant et que, pour être justifiée, une oeuvre de fiction se devait d’être morale. Utile. Politique. Intelligente. Mais surtout pas gratuite !

Dommage ! 

On était à deux doigts du film culte, mais le réalisateur qui a pourtant pris des risques, s’est finalement laissé rattraper ce qu’il voulait précisément fuir : les conventions.

Cela dit, on a entendu quelques rires dans la salle et tout le monde a passé un très bon moment...

 

Sunday

Aujourd’hui je ne suis pas d’humeur à analyser mais j’ai envie de vous parler d’un film magnifique et assez injustement malconnu : « Sunday » du réalisateur Jonathan Nossiter.

 

Intemporel par son sujet

Dans une grande ville où l’identité se noie (à savoir le New York des 90s), une histoire d’amour naît entre deux êtres que tout sépare : Olivier, un ancien cadre au chômage qui vit désormais misérablement dans un foyer, sans espoir de retrouver un travail et Madeleine, comédienne embourgeoisée, qui se dilue dans un ennui mortifère jusqu’à ne plus savoir qui elle est.

Elle le prend pour un autre, il ne la détrompe pas

C’est ainsi que commence leur relation. Le quiproquo se prolonge. Au-delà de la logique, au-delà du raisonnable. Au fond, peu importe qui est vraiment Oliver. Ce qui compte, c’est ce qu’ils ont à se dire : leurs rêves, leurs sentiments.

Pour continuer à se voir, ils cultivent la méprise qui les a réunis. Oliver a endossé une bonne fois pour toutes le rôle de celui qu’il est censé être. Il profite de cette identité inventée pour récupérer ce dont la pauvreté l'a privé : la parole, l'intérêt d'une femme pour lui, son désir. C’est son destin, son malheur qu’il raconte à Madeleine. Et elle se raccroche à ses mots pour se délivrer de la prison du quotidien…

Mais tout cela finira mal

Surtout pour Oliver. Victime du malheur il était, victime du malheur il restera. Sa vie ne tenait qu’à deux fils : sa relation avec Madeleine et son misérable logement. Mais sa volonté d’y croire encore et de saisir sa chance le ramènera plus bas encore que son point de départ.

C’est triste et moche

Je le sais bien, mais cette histoire de pauvreté et de solitude nimbée d’une extrême mélancolie fait pour moi partie des films à voir absolument. Pour peu que vous réussissiez à mettre la main dessus...

Mais surtout, surtout pas un dimanche de déprime.

Trapped, la série belle comme un hiver islandais

Un lundi soir de l’année 2016 à 20h55, je me suis vautrée au fond de mon canapé, toute habillée sous un grand plaid moelleux, pour regarder Trapped, bien au chaud.

 

La série se déroule dans un pays splendide...

qui me parlent d'autant plus que j'ai pensé à y situer mon roman. Régulièrement je projette d’y retourner en automne pour voir les aurores boréales, ce qui ne se peut point dans le 9-2. Et chaque fois c’est pareil : la rentrée arrive, la Toussaint est passée... je ne sais pas ce que je fous. A Noël, alors ? Me dis-je.

Mais pourquoi aller se les geler près du cercle polaire quand on n’en n’a pas et qu’on pèle déjà à Paris ? Je répondrais : pour l’expérience. Et c'est un peu ce que nous offre cette série : une expérience différente.

Ici, le décor fait partie intégrante de l'histoire

Des séries très bien écrites, avec personnages originaux et intrigue à suspect multiples alambiquée à souhaits, il y en a  beaucoup, mais ce qui différencie celle-ci de toutes les autres, c'est le fait qu'elle se passe dans ce décor là.

C'est vrai, quand il est question d'une oeuvre de fiction, sous quelque forme qu'elle se présente, la première chose à laquelle on pense, ce sont les personnages. Et puis après l'histoire, la façon dont elle se termine, la chute, si importante. 

Pourtant, le décor a une importance centrale, même si on en parle moins souvent. Avec Trapped, le moins qu'on puisse dire est qu'il s'impose. Les paysages de cet étrange pays sont sublimes. On le retrouve tout à fait dans les images : beaucoup d’entre elles sont belles comme les tableaux de maître. On aurait presque envie de faire des arrêts sur images, de les imprimer en grand et de les afficher dans son salon.

Un vrai « décor », c’est inspirant

Je mets le mot entre guillemets parce que « décor » a pour moi une connotation carton-pâte, un côté je rajoute un décor pour que ça fasse vrai…  Alors qu’un vrai décor, c’est bien plus que ça. C’est un contexte qui nourrit l’histoire, qui y tient presque (voire même tout à fait) le rôle d’un personnage. Il te sort de ton quotidien pour te fait entrer dans un autre monde. C’est exactement ce qui se passe dans cette série où le froid et l’isolement ont un effet sur l’intrigue.

Le village où se déroule l'action est une toute petite communauté, conditionnée par un hiver qui l’emprisonne une partie de l’année.

Kormakur nous parle d’une terre qu’il sembler aimer énormément, mais aussi et plus encore des gens qui y vivent, pas loin de nous, mais tellement ailleurs…  

L'Islande sous la neige impose son tempo au récit

L'histoire se déroule si j'ose dire "au rythme de l'hiver", forcément plus lentement que sous une météo clémente, mais cette lenteur permet de faire passer beaucoup de choses : c'est un juste rythme qui permet de nous emmener dans les recoins, les zones d'ombre.

Dans un monde qui nous pousse à aller toujours plus vite, Baltasar Kormadur semble vouloir nous inciter à nous poser, à rompre le cours infernal de notre course quotidienne.

Mais que raconte-t-il, à propos, Baltasar ?

Un corps découpé est retrouvé dans un port du nord de l’Islande, au moment même où un Ferry en provenance de Norvège y fait escale. Evidemment, les premiers soupçons se portent sur les voyageurs mais l’enquête prend rapidement des chemins de traverse, pour finalement nous mener à un drame survenu quelques années plus tôt dans le village.

A travers cette enquête policière à haut risque, avec son Ferry en panne de chauffage, son assassin planqué mais introuvable dans un village bloqué par la tempête et son cadavre démembré qu’on peine à identifier, Kormakur aborde brillamment, enfin c’est ce que je trouve, ces bien belles notions que sont le mystère et l’énigme. Elles trouvent dans les paysages enneigés et les personnages qui ne se livrent pas un écrin parfait.

Trapped est une histoire dans laquelle on a envie de s’immerger sans rien analyser

C’est une fiction difficile à décortiquer, et d’ailleurs, on n’en n’a pas envie. Les personnages ne parlent pas pour ne rien dire, le passé et le présent se recoupent, peu à peu, les drames et les secrets enfouis refont surface…  Et on reprend une tasse de thé en attendant avec impatiente le prochain épisode.

Evelyn, la méchante mélomane borderline

Il y a les méchants qui jouent honnêtement leur rôle, et ceux qui foutent la trouille pour de bon

Ceux auxquels tu repenses en fermant la porte à double tour avant d'aller te coucher... Dans le film de Clint Eastwood « Un frisson dans la nuit », Evelyn Draper fait très nettement partie de la seconde catégorie.

Evelyn, est la fan envahissante d’un animateur radio, Dave Garver

Tous les soirs, elle lui demande de passer une chanson pour elle, Misty, d’où le titre original du film, Play Misty for me.  Il a tellement l’habitude qu’il prépare la chanson avant même d'entendre la sonnerie du téléphone ! 

Follement amoureuse, elle organise une rencontre faussement fortuite et s’immisce ensuite dans la vie de Dave, qui se laisse tenter un soir, mais n’a aucun sentiment pour elle. On sent bien qu’il n’a pas l’intention de la revoir. Mais Evelyn, elle, se veut en couple avec lui et tente de lui imposer son point de vue.

Le problème avec Evelyn, c’est qu’il est difficile de lui échapper

Surtout quand on essaie de se débarrasser d’elle en douceur. Car on voit très vite qu’elle a un truc qui cloche, qu’elle en fait trop, en veut trop… Elle est sans vergogne, épouvantablement pot de colle, elle a réponse à tout, on ne sait plus comment s’en dépatouiller !

La vérité, c’est qu’elle sait très bien que Dave ne veut pas rester avec elle, mais elle s’en fout. Elle anticipe à la perfection ses réactions et le manipule pour arriver à ses fins. Dave essaie alors de la repousser plus fermement, et là… Là…

Là, on ne peut qu’admirer la parfaite analyse psychologique qui sous-tend le personnage d’Evelyn. La manière dont ses techniques de manipulations sont décortiquées dans le film. Car Evelyn n’est pas un personnage fantasque inventé au hasard. Les gens comme elle existent dans la vraie vie.

Vraiment borderline

Evelyn est un personnage tiré de l’observation et c’est justement ce qui la rend effrayante. Elle résonne en nous, d’autant plus que l’escalade ne semble pas avoir de fin.

Tout a commencé par quelques débordements émotionnels, une demande d’amour excessive, puis une touche de perversité s’est ajoutée à l’affaire, avec des pièges imaginés à l’avance, des mensonges destinés à obtenir ce que l’on veut de l’autre malgré lui… Malgré tout cela Evelyn sent Dave lui échapper, et la déception débouche sur une violence d’abord impulsive, puis organisée (et préméditée).

Dave, le séducteur nonchalant va-t-il réussir à échapper à Evelyn, la désaxée ?

C’est une sorte de match où chacun à tour de rôle marque des points. A chaque réplique, on sait exactement ce que pense chacun d’eux, qu’il le dise ou pas. On sait exactement quand Evelyn manipule Dave et quand elle est submergée par ses émotions. On sait quand Dave est sincère, quand il dissimule son point de vue à Evelyn qui au fond, se fout pas mal de ce qu’il pense tant qu’elle obtient ce qu’elle veut. On sait quand Dave est troublé, quand il se pose des questions… C’est cette transparence qui donne de l’impact au Match qui se joue entre Evelyn (le mal)  et Dave (le bien). Et on finit par comprendre qu’Evelyn n’a pas d’autre choix que d’aller toujours plus loin, sous peine de s’effondrer.

Coup d’essai, coup de maître

C’est la première réalisation de Clint Eastwood. Il est sorti dans les années 70. Même si on sourit de ce qui était cool et branché à l’époque et même si la bande son, la typo du générique et les costumes ont vieilli, « Un frisson dans la nuit » reste un grand film et Evelyn une méchante tout ce qu’il y a de plus recommandable.  En tout cas, c’est pour moi un  incontournable, un film à voir absolument.

Affreux sales et méchants

Affreux sales et méchants est repassé sur Arte hier soir, en hommage à son réalisateur, Ettore Scola, décédé il y a quelques jours.  

C’est une de mes plus mémorables découvertes cinématographiques

Il est passé à la télé un soir où mes parents étaient sortis et je ne suis pas sûre qu’ils m’auraient laissé le voir s’ils avaient été là. Pourtant, j’ai été captivée. Je crois que c’est grâce à ce film que j’ai découvert la puissance de la fiction.

Affreux sales et méchants se déroule dans un bidonville romain des années 70

Un endroit tel qu’il y en avait dans toutes les capitales européennes à l’époque. A travers le quotidien de Giacinto Mazzatella, qui cache un magot de 1 million de lires dont il ne veut pas faire profiter sa famille qu’il déteste et qui le lui rend bien, c’est de pauvreté qu’il est question ici.

L’histoire n’est pas exempte de cruauté, quand sa famille veut tuer Giacinto en lui faisant manger des pâtes sauce mort aux rats (parce qu’il veut filer son pognon à une prostituée qu’il fait vivre chez lui), mais le maître la rend plus puissante et captivante que sordide. La tendresse d’Ettore Scola pour ses personnages est immense, (presque palpable dans un film comme une journée particulière), c’est elle qui rend ses films si bouleversants et beaux. Cela me mène naturellement à une question...

Comment est-ce qu’un auteur voit ses personnages ?

Qu’est-ce qu’il vient dire d’eux ? Ce n’est pas du ressort de la technique, ni même du talent, pourtant, cela joue un rôle très important dans une fiction.

Est-ce qu’il les juge ? Est-ce qu’il les aime ou pas ? Veut-il vraiment parler d’eux ou est qu’il se sert d’eux pour faire fonctionner l’histoire avec des moments forts qui plairont… Est-ce qu’il formate ses personnages pour qu’ils plaisent au lecteur tel qu’il se les imagine ?

Est-ce que cet auteur pense qu’il faut livrer au public des héros qui lui ressemblent, sinon il ne s’y intéressera pas ? Et à propos, comment est-ce qu’un auteur voit son public ? 

Affreux Sales et Méchants est une grosse baffe terrible, magnifique et inoubliable

Ettore Scola devait nous juger dignes de la recevoir ! C’est un film bordélique où rien n’est policé, raboté « formaté », que ce soit par des normes de narration ou par celles du politiquement correct…

Rien à voir avec un produit « marketé » et calibré où justement, le public ou lecteur n'est vu que comme un client. Les artistes de cette époque n’avaient pas à répondre aux attentes d’un panel d’utilisateurs ou à des statistiques de visionnage pointues ! Ils s’en foutaient, qu’il y ait de l’émotion ou pas avant la coupure publicitaire ! 

Au départ, le film devait être un reportage

Il est finalement devenu une fiction, mais le maître avait bien l’intention de nous livrer la réalité telle qu’elle était. Il s’est arrangé, encore plus que dans ses autres films, pour ne pas créer de distance entre le spectateur et les personnages, joués pour un bon nombre d’entre eux par des habitants de ce bidonville où il nous fait entrer. 

Leur misère, il ne l’a pas filmée de loin et encore moins de haut, il ne l’a ni stylisée, ni esthétisée et encore moins jugée, mais il a réussi à nous y faire plonger.

Le 10 décembre 2014, Le Monde titrait : « Le fossé entre les riches et les pauvres n’a cessé de se creuser depuis trente ans »

J’ai noté cette phrase terrifiante parce qu’elle exprime en quelques mots tout ce à quoi nous sommes confrontés aujourd’hui. Tant de progrès, de révoltes, tant de bonnes intentions pour en arriver là. Cet écart qui augmente, c’est l’horreur que nous croisons chaque jour sans plus y faire attention.

Le maître s'en est allé. Son génie était de dénoncer ce qu’il n’aimait pas à travers des personnages qu’il nous faisait aimer. Les bidonvilles, eux, sont toujours là.

Bons baisers de Bruges

Bons baisers de Bruges est un de mes films préférés. Sincèrement, j’Aime Ce Film. Pourquoi ? Pour son esprit, son humour, pour ses héros barges mais pas trop, des mecs avec des flingues et un grain de folie qui nous ressemblent pourtant un peu…

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J’Aime Ce Film ! Parce que Bruges, c’est beau.

L’autre jour, il passait à la télé et je me suis demandé si j’allais le revoir une cinquième fois.

Est-ce que ça allait casser l’enchantement ? Peut-être. J’ai donc décidé de ne pas le revoir. Et puis, à vingt heures quarante-sept exactement, j’ai craqué et j’ai allumé le poste (c’est pas vrai, il était déjà allumé, je venais de voir l’interview de Manuel Valls sur BFMTV).  Bref.

La première fois que j’ai vu BBdB, j’ai aimé bien sûr, mais ça m’a filé le bourdon 

De revoir Bruges. Ça m’a rappelé une époque révolue de ma vie et j’étais subitement si mélancolique que je n’ai pas compris grand-chose à l’histoire. Je me suis juste revue sur la grande place en train de boire une blanche, j’ai repensé aussi aux moules d’Ostende cuisinées avec de la crème fraîche et des poivrons et à bien d'autres choses, si bien que je n'ai pas suivi l'histoire de si près que ça. Mais déjà, j'aimais ce film.

La deuxième fois que j’ai vu BBdB, j’ai jubilé massivement

Car ce film inclassable qui joue avec les codes du polar sans en être un, a un humour particulier, une touche d’incongru qui change tout. Tout est décalé, mais légèrement, et c’est ce légèrement qui fait que ça marche. Je m’explique : si on était allé plus loin dans le décalage, on serait passé de l’irrésistible je-ne-sais-quoi aux grosses ficelles et ça n’aurait pas fonctionné.

La troisième fois, j’ai découvert la gravité du sujet et des personnages

Leurs remords. Leurs tourments. Cette solidarité finalement assez émouvantes qui pousse les deux requins à ne jamais se mordre mutuellement. J’ai découvert la profondeur du film.

La quatrième fois, j’espérais déjà qu’elle ne serait pas de trop

Mais non, rien à redire ! Les dialogues toujours aussi exquis… et puis la fusillade, à la fin !  On dirait qu’ils jouent aux gendarmes et aux voleurs, cette intrusion de la fantaisie au beau milieu d’une scène qui devrait être complètement dramatique, c’est génial.

La cinquième fois, c’était l'autre jour, donc.

Ah, P….. ! Cette dernière scène sur la grande place. Tellement… tellement… dramatique... onirique… toujours décalée mais puissante en même temps... Et inattendue avec ça ! Géniale quoi !

Mais je le dis depuis le début : j’Aime Ce Film ! Je l’aime toujours, c’est confirmé.

Barnaby : quand tout commence par un meurtre

Il y a un truc qui marche à tous les coups, dans le polar :

C'est de commencer l'histoire par un meurtre auquel nous assistons sans voir le meurtrier. 

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Une technique qu’on retrouve dans bien des romans, comme l’incontournable chien des baskerville, et  très souvent utilisée dans  « Midsomer Murders », Inspecteur Barnaby en français.

Pourquoi cette série à papa a-t-elle eu autant de succès ?                      

Un monde qui semble tout droit sorti des souvenirs de nos grands-parents, un Commissaire à la fois très monsieur-tout-le-monde et charismatique, des gens « commifaut » qui font des choses inavouables…  Personnellement, j’adore ce contraste entre le contexte Old England  hyper policé et les passions crapuleuses et brûlantes des personnages. Les intrigues de Barnaby ne sont pas aussi lisses qu’elles en ont l’air, car sous le shetland et le mohair, il n’y est question que de sexe, de fric, de trahisons et de pouvoir…

Combien de saisons  ? 13 ? 17 ?

Mais pas la peine de se faire du mal en essayant de compter les épisodes, revenons plutôt aux excellentes scènes d’intro de la série.

Ici , le meurtre est mis en scène d’une façon presque hitchcockienne

On commence par voir la victime évoluer dans son univers, et en quelques images on sait qui elle est, dans quelle phase de vie elle est… Puis, arrive le moment où elle se fait sauvagement trucider par un inconnu. C’est fou comme ces assassins anglais apparemment si flegmatiques sont en vérité violents, machiavéliques et haineux !  Ils cognent, poignardent et flinguent à tour de bras, qui l’aurait cru.

Mais ce meurtre qui inaugure l’épisode n’est pas montré d’importe comment :

il est mis met en scène, en musique, en lumière, dramatisé si j’ose dire à mort. On voit même l’arme du crime, ce qui a pour effet de plonger le spectateur direct au fond de l'histoire. 

Un teaser imparable !

Luther

Trois saisons de bonheur, des personnages d’enfer et des scénarios béton

J’aime beaucoup les séries policières BBC, probablement parce qu'elles ont cette sensibilité et cette culture européennes dans lesquelles je me retrouve -je ne sais pas si c'est clair, ce que je raconte, vous voyez ce que je veux dire ? Un parfait exemple du genre en est Luther. 

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Une série intéressante à analyser

On y retrouve toutes les figures habituelles du polar, mais elles sont renouvelées à travers des mécanismes inédits  et des personnages intenses. 

John Luther par exemple :  flic ultra-impliqué dans ses enquêtes, il place l’efficacité avant la discipline et n’hésite pas à prendre des risques. Il est clairvoyant et ses moyens pour parvenir à ses fins sont percutants quoi que pas très orthodoxes. Jusque-là, on est dans un personnage de flic assez classique. Mais un autre élément, qui fait l’originalité de la série, vient compliquer la donne…

Les intrigues sont basées sur la dualité des personnages

Luther est animé par un puissant désir de justice, mais aussi par une certaine violence. Quelque chose qui va au-delà de la nécessité du terrain. Quelque chose de mauvais qu’il ne maîtrise pas à cent pour cent. Il est à la fois juste et trouble, enquêteur et accusé. Notre personnage de flic classique commence à se compliquer.

Luther se met souvent dans le pétrin

C’est là qu’interviennent les « mécanismes » dont je te parlais plus haut. L’ami John étant tout sauf une petite chose fragile, il n’a peur de rien, ce qui le pousse à se lancer dans l’action sans calculer les risques. Un même schéma se répète d’épisode en épisode : parce qu’il est plus intuitif, il devance les autres enquêteurs, parce qu’il est fort, il prend des risques, parce qu’il y a quelque chose qu’il ne maîtrise pas, il se retrouve dans des situations où les apparences sont contre lui. Ces apparences trompeuses qui se retournent contre Luther à cause de sa personnalité sont le principe de fonctionnement de l’intrigue.

Mais le spectateur connait la vérité ! Car il a une place dans l'histoire : celle du témoin

Il sait que ce que Luther a vraiment fait et ce qui l'a motivé, parce qu'il l'a vu à l'écran. Il sait que ses raisons sont justes et légitimes. Mais les personnages qui entourent Luther, eux, ne le savent pas, parce qu'eux n'ont pas tout vu. En conséquence, ils interprètent ses actes de manière erronée, en tirant des conclusions hâtives… en se fiant aux apparences, en somme.

Le personnage d’Alice est particulièrement fort

Alice est l’Alter Ego de Luther, et bien qu'elle soit tout son contraire, elle s’identifie à lui. Même si ce n’est pas un personnage réaliste, on est tous des grands gamins et on marche à fond, d'autant plus qu'elle a une psychologie assez complexe, passant la moitié de son temps à aider Luther et l'autre à le menacer.

Les rapports que l'enquêteur rebelle entretient avec les femmes jouent à la fois sur le tableau de la reconnaissance et du fantasme.  La relation qu'il a avec Zoé, son ex, pourrait être réelle, c'est la reconnaissance, en revanche ce arrive avec Alice serait tout à fait improbable dans la vraie vie et là, on est sur le versant fantasme.

D’ailleurs les femmes ont une place de choix dans la série

Et ça, ça me fait plaisir. La volage Zoé, la redoutable Alice, la suave Mary, et Rose, bienveillante mais parfois un peu à côté de la plaque... elles me font penser aux filles de Chapeau melon et bottes de cuir, là encore avec plus de réalisme et donc d’épaisseur, de vérité, d’intensité. Elles sont toutes excellentes.

Tout ça pour dire que le polar, c'est comme la mode. Il faut connaître ses classiques et savoir les réinventer.

Diondra, méchante en cloque

Diondra sévit dans Dark Places, roman de Gillian Flynn adapté au cinéma par Gilles Paquet-Brenner. Je la trouve intéressante parce qu’elle échappe aussi bien aux stéréotypes de la jeune fille (enceinte ou pas) que de la mère. 

Diondra est une jolie mauvaise fille bourrée de paradoxes, un monstre à figure de poupée

Une gosse de riche laissée à elle-même qui fume, ment, prend des drogues et largement pire encore. Pourtant garde les pieds sur terre. Et avec ça, elle est paranoïaque, amoureuse, profiteuse et n’a pitié de personne. Ce qui la rend si efficace, c’est son potentiel de nuisance énorme multiplié par son immense égocentrisme et son absence totale de moralité. La combinaison est explosive. Elle n’hésite jamais à l’exploiter, pour sa survie, pour son bien-être ou juste pour le fun. Ou alors quand elle est en pleine crise…

Mauvaise fille, bonne mère

On pourrait penser qu’avec tout ça, elle va logiquement maltraiter son enfant, ou le délaisser. Eh bien même pas. Son enfant, elle le protège jusqu’au bout ! C’est sa force en tant que personnage de fiction : en mauvaise fille-mauvaise mère, elle aurait été prévisible et beaucoup moins intéressante.

Mais cette histoire a été écrite par une femme. Les personnages féminins y sont totalement débarrassés de clichés et ça, ça fait du bien !

Ainsi soient ils

A travers l'histoire de quatre séminaristes qui étudient dans un séminaire parisien, Ainsi soient-ils nous parle de cette part de nous qui espère, idéalise, croit en quelque chose de plus grand… pas forcément facile d'évoquer tout ça en fiction !

La force de cette série, c’est le déchirement permanent des personnages entre la réalité et l’idéal  

Un même thème qui se développe au cours des épisodes avec les différentes situations rencontrées par les personnages.

José, l’ex-taulard et son besoin poignant d’être sauvé, Raphaël, le fils de famille qui rêve de tout ce que l’argent n’achète pas, Yann, scout naïf et sincère,  Guillaume, homosexuel qui aspire à prendre soin des autres, le père Bosco, ultra-sensible et entier, le père Fromenger, partagé entre son ego et sa générosité, l’excellent Monseigneur Poileaux, toujours là où on ne l'attend pas et révélé à lui-même par le pouvoir… Tous ont une foi sincère qui n’est jamais remise en question durant les épisodes. Mais leur quête spirituelle, leur besoin impérieux de vivre leur vocation se heurte souvent à ce que la vie a à leur offrir.

Le scénario couvre une large palette de sujets qui fâchent  

Sans papiers, homosexualité, pédophilie, maladie, rivalités, caisses vides, pouvoir, complots. Cela a été reproché à la série par des pratiquants qui ne s’y reconnaissent pas. Mais il ne faut pas oublier que c’est une fiction, pas un reportage.

La saison 1 ancre nos aspirants curés dans la réalité

Passé, famille, amours, engagement politique... Ils ne sont pas tombés du ciel la veille de l’entrée au séminaire et ils nous ressemblent plus que nous le croyons. Je crois que dans ce cas précis, cette étape où on met les personnages dans un contexte qui est celui de la réalité sociale du spectateur était nécessaire pour que la série marche. Si on avait commencé par parler de leur rapport à la religion, l’histoire n’aurait pas fonctionné tout simplement parce que le spectateur profane ne se serait pas senti concerné.

Mais c’est en saison 2 que la série entre vraiment en religion

Et quelle devient vraiment intéressante.  Ici, on aborde ce qui différencie la vie des séminaristes de la nôtre :  leur quotidien au séminaire des Capucins, la conférence des Évêques de France, le concours d’homélies, les activités culturelles et pédagogiques des uns et des autres… On y découvre une église organisée à l’image de la société, avec ses comptables et ses esthètes, ses puissants et ses pauvres, sa capitale et ses provinces. Cette saison-là 2 nous offre des moments très forts et beaux, notamment celui où José, exclus du séminaire, vient demander pardon. C’est une véritable scène d’anthologie, qui sort la série du divertissement pour l’emmener dans un registre beaucoup plus intense.

En saison 3, nos séminaristes sont devenus prêtres

Ils sont rendus à un monde qui semble plus étriqué que jamais pour leur rêve d’absolu. Un monde auquel ils voudraient donner beaucoup, mais avec lequel leur vocation religieuse elle-même les met en décalage. 

La série va se terminer dans cinq épisodes. Je ne les ai bien sûr pas encore vus, mais je sais déjà que ce sera trop tôt :  la dimension romanesque des personnages était juste énorme, ils avaient encore encore tant à nous livrer  !

Edmond, le méchant refoulé

Edmond Burke est de ces personnages qui SONT l’histoire à eux tous seuls

Et à mon avis, c’est un des méchants les plus passionnants qu’on ait pu voir sur une toile depuis que le cinéma existe. Faux brave homme bourré de frustrations se dissimulant sous un masque de conformité, Edmond a toujours tout fait « comme il faut ». Mais quand la Middle life crisis s’en mêle, il réalise qu’il n’en n’est nulle part avec le bonheur, le plaisir, la réalisation de soi, ni même avec sa propre identité.

Le film retrace l’itinéraire d’une descente aux enfers

Alors il plaque tout et part zoner en ville, en pleine nuit, en quête de sa virilité, de sa vérité et voire même les deux à la fois. Mais cette virée d’un refoulé parti se défouler va tourner au gros, gros, gros pétage de plombs.

Tout le film de Stuart Gordon tiré d’une pièce de David Mamet, est basé sur une trajectoire chaotique assez prévisible en elle-même, mais émaillée de scènes fortes et souvent surprenantes.

Son exaspération de ne pas être reconnu et sa frustration amoureuse vont engendrer une escalade de violence

Heureusement, ce qui est rendu visible dans le film, ce n’est pas l’hémoglobine, mais les mécanismes psychologiques qui conduisent de la frustration à la violence. On n’est pas dans une montée de la violence stérile et complaisante : à chaque palier, on accède à une compréhension plus profonde du personnage, d’autant plus que l’interprétation de William H. Macy est absolument géniale.

Edmond le sanguinaire rêve d’un monde d’amour

Il se sent victime de cette société de deal qui est la nôtre. Cela ne veut pas dire que lui-même soit plein de bons sentiments, loin de là, mais on s’aperçoit que chacun de ses passages à l’acte correspond à un moment où il s’est senti victime : de son mariage, de son boulot rangé, des putes trop chères, des parieurs de rue, etc… Comme si chacune de ses confrontations à l’autre le réduisait à l’état d’objet (j’utilise le mot confrontations à dessein, car dans son cas on ne peut pas parler de rencontres et c’est bien son problème !)

Il y a quelque chose de surprenant, chez Edmond : son infantilisme

On le voit à l’œuvre dans les scènes de l’arrestation et de l’interrogatoire, moments pivot très forts à partir desquels notre méchant héros va commencer une autre vie. (La scène de l’interrogatoire étant ma préférée : dépouillée, mais puissante).

La nuit fatale où il a décidé que tout serait permis, Edmond croyait reprendre le contrôle alors qu’il perdait pied

Mais les raisons profondes de son passage à l’acte lui échapperont à tout jamais. Lors d’une dernière scène aussi étonnante qu’émouvante, il apparaît tel qu’il a probablement toujours été : délirant, dépassé, si fragile…

Edmond, c’est juste énorme.

Policier, adjectif

Dans mon précédent post, parlais de ce que j’appelle les « enquêtes barrées », c’est-à-dire les polars qui délirent, qui ne respectent pas les codes, etc. Eh bien en voilà un bel exemple. J’aime beaucoup ce film parce qu’il n’est pas décalé pour être décalé, à vide, il est aussi et surtout hyper intelligent.

Mais que vient faire la grammaire dans une affaire de lycéen qui deale du shit en Roumanie ?

Justement, c’est pour le savoir qu’il faut voir « Policier, adjectif ». Je veux dire que ce film-là ne s’explique pas, il ne se raconte pas… Naaaan, il se Vit.

Un homme entre dans le champ. Il file quelqu’un.

Planque durant heures dans des rues où il ne se passe pas grand-chose, va au commissariat, parle à d'autres flics…

Et le spectateur, un peu paumé, attend...

De l’action, des conventions propres au genre policier, par exemple. Mais rien de tout cela n’arrive. Le flic, Cristi, poursuit ses filatures, fait des pieds et des mains pour obtenir la moindre chose de ses collègues, note des successions de faits dérisoires dans ses rapports, jusqu’à l’absurde… Pourtant, on garde espoir qu’il se passe quelque chose de « normal » dans cette histoire ! 

Peu à peu, s’installe une évidence : la  véritable énigme du film, c’est le film lui-même !

Elle ne s’éclaircira qu’à la fin, quand tu comprendras où l’auteur voulait en venir. Car progressivement, les motivations de Cristi se dessinent, et avec elles, le vrai propos du réalisateur :  la loi contre la justice, l’entrave faite par la bureaucratie au travail d’un policier qui agit sur le terrain... De vrais sujets de société devenus des thèmes classiques du polar, énoncés ici d’une manière inédite mais ô combien efficace ! 

Mais comment fait-il, Corneliu Porumboiu pour te garder scotché à l’écran avec une intrigue aussi minimale ?

Il ne veut pas donner de clés. Il ne veut pas semer artificiellement des petits cailloux blancs sur ta route pour que tu comprennes trop vite. Alors il te laisse dans le brouillard pendant un moment. Tu pourrais croire que ces scènes lentes et documentaires retraçant les journées d’un flic roumain sans les romancer sont inutiles. Pourtant, d’une manière indirecte le réalisateur transmet ce qu’il avait à exprimer. Non pas par un biais intellectuel, analytique, mais plus subtilement, par le ressenti. Il nous fait saisir les choses dans leur finesse, sans vraiment les expliquer. Plus clairement peut-être qu’en les expliquant…

La question des conventions de récit à respecter et celle des clés qu’on fournit se posent forcément à ceux qui écrivent du polar. Ne Pas vouloir jouer le jeu dans un type de fiction aussi codé c’est…

Osé ? Oui, parce que quand même, on prend le risque de se planter.

« Policier, adjectif » est une espèce de polar au second degré

Dans cette enquête surprise où se mêlent sémantique, marche à pied, une chanson d’amour ringarde et beaucoup de dérision, Corneliu Porumboiu nous parle de la loi, de la conscience, de l’absurdité de l’existence, et même de la manière de raconter des histoires. « Quand j’ai commencé à tourner, j’ai décidé de ne pas suivre les règles habituelles du film policier », dit-il. « Au final, j’ai fait ce qu’on pourrait appeler un post-thriller ».  Heu… Ouaip. On peut le dire comme ça.

Le passager de la pluie

Est-ce la météo adverse qui m’inspire, ou ces mots ont-ils un pouvoir d’évocation particulier ?

Ce titre-là est magique, il promet tout et ne dit rien, il est parfait.

Le passager de la pluie, c’est un film de René Clément sorti en 1970, avec Marlène Jobert, trop Mignonne, et Charles Bronson, trop Viril. Lui, c’est un dur à cuire et elle, elle a besoin d’être protégée. Pourtant, ce n’est pas pour jouer les gardes du corps qu’il s’est introduit dans sa vie, mais pour lui poser des questions (et lui extorquer des réponses) au sujet d’une bien vilaine affaire… voilà pour le pitch.

J’aime beaucoup ce pseudo-polar sexy

Parce qu’il est riche en suspens et en situations invraisemblables, mais aussi pour son inimitable saveur de film familial des années 70. Ici, l’enquête a peu d’importance, ce qui polarise l’attention du spectateur, c’est la romance mouvementée entre la poupée et le bad boy. Leurs faux rapports de force vrais rapports de séduction sont finalement assez charmants.

Le titre est génial et d’une certaine manière, le film aussi

Pourtant, il y a un hic : les deux ne vont pas du tout ensemble !

Le passager de la pluie, qu’est-ce que ça vous évoque ? Une certaine mélancolie, un certain mystère peut-être ? Un vagabond qui marche sous un réverbère par une nuit d’orage ?

Mais dans ce film que j'adore pourtant, ce passager de la pluie tel que je me l’étais imaginé disparaît un peu trop vite. Ce n'est pas forcément dommage, disons plutôt que c'est une autre histoire.

Madame Mim, méchante et heureuse de l'être

Merlin l’Enchanteur, ça vous dit quelque chose ? Les studios Disney en ont fait un dessin animé, il y a de cela bien longtemps, qui se distingue par ses personnages excellents : Merlin en vieux magicien un peu foldingue, son hibou au mauvais caractère, Moustique, le petit page promis à un grand destin, et la Sorcière, Madame Mim.

Madame Mim est toute rondeur, couleur, onctuosité

Pour la définir en tant que méchante, peut-être convient-il de parler de ce qu’elle n’est pas : elle n’est pas froide, cruelle et égotique.

Elle n’est pas non plus au régime tout le temps et fringuée comme une reine. Non, non, son style est assez ordinaire, je dirais même roturier…

Ordinaire, certes, mais pas tradi pour deux sous ! Pas de nez crochu, pas de vêtements noirs... rendons-nous à l'évidence :

Cette petite grosse dépourvue de style n'a pas les attributs habituels des sorcières !  

Elle n’a vraiment rien d'impressionnant. Aucune menace ne se dégage d’elle. Elle ne fait pas du tout peur !

Toute sa force est dans l’effet surprise. On ne sait jamais ce qu’elle mijote. Elle est assez tordue et son truc, ce n’est pas la force mais la ruse. Elle ne vainc pas l’adversaire, elle le piège. Mais tant qu’on ne la connaît pas bien, on est loin d’imaginer sa puissance ! Et pourtant…

Merlin lui-même a du mal à se dépêtrer de ses coups (= sortilèges) tordus

C'est dire !

Mais pourquoi est-elle si terrible ? Probablement parce qu’elle joue. Madame Mim est une méchante qui s’amuse ! Il n’y a rien de torturé chez elle, aucune blessure pour justifier le mal qu'elle fait.

Méchante sans en avoir l'air, mais fière de l'être et pleinement assumée… une perverse narcissique. Merde alors.

Le truc qui fait bondir d’indignation, chez elle, c’est bien sa perversité, sa Jouissance Malsaine à faire du mal, à mentir, à gruger ! Et elle s’éclate ! Et elle exulte ! Sans aucune retenue ! Mais quelle salope !!!

L'affaire SK1

Aujourd'hui, j'ai envie de parler d’un film absolument passionnant : l’affaire SK1. J’ai été très étonnée qu’un premier long métrage puisse être aussi puissant et abouti. Le mot qui me vient pour le définir est : justesse. Justesse des personnages, de la réflexion de l'auteur... Mais il y a une raison à cela : Frédéric Tellier, qui a voulu le réaliser après l’agression d’une amie, a bossé sur le projet pendant près d’une décennie.

L’affaire SK1 retrace l’enquête et de l’arrestation du Guy Georges

le serial killer qui a terrorisé l’Est parisien dans les années 90. Il est aussi légendaire et terrifiant que Jack l’éventreur qui assassinait également des jeunes femmes à l’arme blanche. Mais ce dernier fait partie de l’histoire ancienne, alors que Guy Georges est toujours bien vivant et qu’il pourrait sortir de prison bientôt. n sent dans le film le désir d’élucider le mystère de sa personnalité, comme s’il pouvait à lui seul expliquer toute la violence humaine.

La légende du tueur s’enracine dans le fait qu’il a failli s’en tirer, à de nombreuses reprises

Comme si le destin s’acharnait à le protéger, lui l’incarnation du mal. Parce que le seul témoin vivant ne l’a pas reconnu. Parce que la police a été abusée par une empreinte de pied qui ne lui correspondait pas. Parce que la demande de comparaison d’ADN qui permettrait de l’identifier n’a été acceptée que tardivement et qui plus est de justesse. Parce qu’il a renié les aveux sincères faits lors de son arrestation. Parce que s’il ne s’était pas trahi lui-même, pendant son procès... En somme, cette histoire vraie témoigne aussi de la complexité et de la fragilité du système judiciaire.

Cette histoire abondamment médiatisée, nous la connaissons

Cela aurait pu être un handicap pour le film, pourtant le suspens qu’on attend d’un polar est bien au rendez-vous, avec en prime un aller-retour permanent et hyper intéressant entre l’enquête et le procès. Cela nous permet de mieux saisir les tenants et les aboutissants de cette affaire où tout se joue sur des détails, et l’émotion qu’elle a suscitée n’en n’est que mieux rendue. Nous sommes témoins du sentiment de responsabilité et de l’acharnement des flics du 36 qui ont longtemps travaillé en vain, mais aussi de la démarche des avocats qui ont défendu Guy Georges, de leur volonté de bien faire, des questionnements qui les ont poussé à changer de ligne de défense au cours de l’instruction.

Une phrase écrite apparaît à l’écran, à peu près au milieu du film

De mémoire, ça doit être : « l’être humain est la seule espèce qui soit son propre prédateur ». Au fond, n’est-ce pas la réponse que cherchait Tellier ? Je dois avouer que j’ai été assez surprise qu’on reproche au film son « manque d’adrénaline ». Laissons ça à la pure fiction ! Moi, j’aurais détesté qu’on fasse d’un sujet aussi grave un simple divertissement à sensation...

Jerry, le méchant trop gentils

Ni terrifiant, ni à mourir de rire, le film The Voices a le mérite d’être Vraiment original.

Il a l’air plutôt cool, Jerry, mais lorsqu’il parle à son employeur de ses rendez-vous chez le psychiatre…

… On se doute bien qu’il a un truc qui cloche !

Cela va se confirmer quand il se mettra à écouter ce que son chat et son chien lui racontent. Et suivre leurs conseils. Plus de doute possible :  il est cinglé. Nous allons suivre son quotidien, comprendre ses sentiments pour une pulpeuse comptable anglaise… Jusqu’à ce que les dimensions les plus sombres de sa personnalité se révèlent.

Car Jerry est un méchant double face

Il change totalement selon qu’il a pris ses médocs ou pas. Câlin d’un côté, sanglant de l’autre. Face good boy, il est très con et franchement maladroit. Mais face bad boy, il n’est plus du tout à côté de la plaque et devient redoutablement rapide et efficace, un puits sans fond de violence et d’inhumanité.

Un détail le différencie de la plupart des personnages de Serial Killer

Le truc qui le rend irrésistible, c’est que, contrairement à d’autres méchants aux personnalités dissociées qui gardent toujours quelque chose d’inquiétant même quand ils sont d’humeur pacifique, quand Jerry est dans ses moments gentils, eh bien, il l’est vraiment, sincèrement, sans faire semblant. Ça change tout, d’abord parce qu’on peut s’identifier à lui, ensuite parce que cela permet de ne pas révéler trop vite au spectateur les profondeurs de sa pathologie. 

Peu à peu, on entre dans sa logique

Car c’était la difficulté avec lui : comment comprendre les délires d’un mec aussi gravement atteint ?

On passe de Jerry, le gentils taré, à Jerry le gentils qui a un truc qui cloche vraiment, à Jerry, cinglé mais pas méchant, pour arriver enfin au véritable Jerry. Et là, ça cogne.

Même si certaines scènes prétendues « amusantes » du film ne fonctionnent pas et si les passages où les animaux parlent sont limite (je n'ai pas réussi à adhérer...), elles ont leur utilité puisqu’elles nous permettent l'apréhender ce que ressent ce personnage extrêmement glauque et pourtant sympathique.

Le challenge du film était de nous raconter le monde de Jerry vu par Jerry lui-même

De nous faire voir son univers et sa pathologie par ses yeux. De ce point de vue-là, le pari est gagné.

Broadchurch

Est-ce que tu vous avez regardé la saison 1 de Broadchurch ? Beaucoup de gens m’ont dit qu’ils avaient aimé l’ambiance, les personnages, les acteurs, la musique, et il est vrai que tout ça est parfait, mais à mon sens, le premier responsable du succès, c’est le scénario.

J’adore visionner les bons films et séries plusieurs fois

Enfin, quand j’ai le temps… pas vous ? J’ai donc revu la Saison 1 pour essayer de comprendre comment elle a réussi à scotcher des millions de spectateurs à l’écran durant huit épisodes, et j’ai appris plein de choses, sur le suspens essentiellement.

La première force de Broadchurch, c’est son point de départ

On parle du meurtre d’un gamin de 11 ans. Perdre son enfant est l’une des choses que nous redoutons le plus et c’est universel, ça nous concerne tous potentiellement. Pas étonnant que l’attention soit immédiatement captée. D’autant plus que cette mort est entourée d’un sacré mystère : pourquoi ce gosse est-il sorti en pleine nuit ? Pourquoi son skate a-t-il disparu ?

Le Mystère parfaitement servi par l’ambiance qui s’installe dès les premières images  

Les paysages, les visages qui ne livrent aucun secret, la musique envoûtante… Pourtant, l’atmosphère n’explique pas tout. 

Nous apprenons très vite que le meurtrier était connu de la victime

Or justement, nous suivons la vie quotidienne de son entourage, l’histoire intime des personnages, leur fils d'Ariane secret. C’est le procédé du huis clos (ici étendu à l’échelle du village), et ça marche : le coupable est forcément là, sous tes yeux ! Dès lors, comment ne pas être hypnotisé par le petit écran ?

Les investigations, elles, sont menées parallèlement par deux couples de détectives

Deux flics d’une quarantaine d’années, en concurrence ouverte et en désaccord permanent, et deux jeunes journalistes qui fonctionnent sur un mélange d’attirance amoureuse et de solidarité. Là encore, des recettes éprouvées, mais utilisées ici de manière suffisamment fine et réaliste pour échapper aux clichés, surtout quand l’histoire personnelle des deux flics va commencer à jouer un rôle dans l’enquête.

Mais le vrai point fort de cette série, à mon avis, c’est la manière dont est géré le suspens

Bien que le rythme de la série soit assez lent, il est très fort. Le système pour retenir l’attention du spectateur est imparable. On voit des meurtriers possibles défiler à l'écran tout au long de l’histoire. Pour tous les suspects, le procédé est le même : on voit d’abord un visage anonyme sur lequel la caméra s’attarde, puis, à l’apparition suivante, on sent dans son comportement quelque chose de louche. L’impression se confirme plus tard au détour d’un dialogue, d’une scène quotidienne : il cache quelque chose !

Peu à peu vont apparaître des éléments nouveaux

Ils ne feront que renforcer les doutes du spectateur et épaissir le mystère... On est harponné, guettant le moindre signe qui pourrait indiquer si ce personnage est bien l’assassin. Dit de cette manière, ça paraît simple, mais c'est une façon remarquablement efficace de distiller les infos et les indices : goutte à goutte, jusqu’à la découverte du vrai coupable.

Une fin puissante, dramatique, une des meilleures que je connaisse !

Mais je n’en dirai pas plus et je me contenterai de tirer mon chapeau aux gens qui ont eu cette idée-là.

En tant que spectatrice, j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir cette série, et en tant qu’écrivain, elle m’a appris des choses sur le suspens, la manière de conduire un récit. Je suis curieuse de voir la saison 2, en espérant qu’elle sera aussi bonne que la première…